Festival International de Jazz de Montréal
Du 25 juin au 4 juillet 2026
Marcus Miller, en concert le 25 juin à la Maison symphonique
Miles Davis et John Coltrane auraient tous deux 100 ans cette année. UZEB en a cinquante. Et quelque part entre ces anniversaires et une programmation truffée d’inconnu·e·s qui pourraient bien devenir les noms de l’été, le Festival International de Jazz de Montréal trace sa ligne : au moins la moitié de jazz plus pur, et le reste ouvert à tout ce que cette musique a engendré. Maurin Auxéméry, directeur de la programmation, explique comment.
Maurin Auxéméry — Montréal est l’une des principales métropoles jazz en Amérique du Nord, et probablement dans le monde entier ; du fait du festival, mais aussi du nombre de concerts pendant l’année. Les gens oublient parfois tout ce qui se passe ici. Moi-même, avant de débarquer à Montréal, la seule chose que je connaissais de cette ville, c’était son festival.
On a fait la promesse, année après année, de consacrer au moins 50 % de notre programmation à ce répertoire purement jazz. Mais le jazz est né du mélange, et il a depuis coulé dans d’autres genres : le hip-hop, le rock, plein d’autres musiques. On explore tous ces liens. Ce qui me tient aussi vraiment à cœur, c’est de couvrir les différentes communautés de ce qu’est réellement Montréal. Présenter Naïka, Saint Levant, des artistes qui ont une identité forte et qui parlent à des communautés haïtiennes, sud-américaines, algériennes, coréennes, sans s’enfermer dans ces communautés non plus. On aime être le festival de tous les Montréalais. Et la gratuité nous permet de l’être — on a un rôle de service public, quelque part.
Maurin Auxéméry — C’est un objectif constant. Les découvertes se font plus rapidement aujourd’hui : en 2026, un artiste peut surgir de nulle part et devenir un phénomène en trois, cinq, six mois. Ce que j’aime faire, c’est trouver ces artistes, les présenter, les mettre en contact avec un futur public. Et la gratuité nous permet de faire ce genre de choses.
Il y a quelques années, on a programmé Cimafunk, un artiste cubain, qui a joué devant des dizaines de milliers de personnes un samedi soir alors qu’absolument personne ne le connaissait. Ce mec est devenu la plus grosse star le temps du festival parce que les gens ont complètement capoté sur son show — une performance au-delà de nos espérances, au-delà de ses propres espérances. C’est ce genre de moment qu’on crée à Montréal. Cette année, une artiste comme Annahstasia — dont l’album Live at Glasshaus est renversant — est exactement dans cette veine : on commence à en entendre parler, elle va venir trouver son public ici.
Maurin Auxéméry — Il n’y a pas un jazzman aujourd’hui qui ne les a pas étudiés, c’est impossible. Et il n’y a rien de mieux que les artistes eux-mêmes pour rendre hommage à ces inspirations. On s’est amusé à lancer des invitations à des artistes locaux et internationaux pour venir jouer du Miles et du Coltrane chez nous.
Le résultat, c’est une constellation de propositions très différentes. Marcus Miller, dernier directeur musical de Miles, était incontournable. Isaiah Collier, que je considère comme ce qu’on a de plus proche de Miles dans la nouvelle génération, va interpréter A Love Supreme en entier. Rémi Cormier, lui, va réimaginer la bande originale d’Ascenseur pour l’échafaud ; cette trame sonore née d’une session d’improvisation, et qui est une des plus reconnaissables de toute l’histoire du cinéma. Il va y apposer sa propre patte. Et puis il y a Super Blue, un concert qui réunit Nicholas Payton et un collectif de la nouvelle génération très influencé par le hip-hop, qui va revisiter conjointement des éléments de A Love Supreme et de Kind of Blue.
Maurin Auxéméry — C’est le 50e anniversaire de la première mouture du groupe de Michel Cusson, qui deviendra UZEB avec Alain Caron, une référence absolue dans l’univers du jazz fusion, encore aujourd’hui. On célèbre ça sur plusieurs fronts : un documentaire réalisé par un jeune cinéaste, présenté en avant-première au Monument-National le 29 juin avec la présence du groupe ; des concerts séparés de Michel Cusson et d’Alain Caron au Gesù, chacun dans son propre univers. Et puis il y a quelque chose qui me tient particulièrement à cœur : on ressort le live de 1991, enregistré pendant le festival de jazz, en version vinyle — disponible exclusivement sur le site physique du festival et en ligne. Il faut venir taper sa carte pour mettre la main dessus.
Maurin Auxéméry — Okonski, un pianiste qui brouille les pistes entre jazz et musique classique. Un des meilleurs albums jazz de l’année selon moi, très belle écriture. Annahstasia, une chanteuse américaine dont l’album Live at Glasshaus est renversant. Elle va venir trouver son public ici. Resavoir, un groupe de Chicago sur le label International Anthem. Un jazz plus écrit, un projet vraiment intéressant. Gotts Street Park, du soul anglais de très haute volée. Fabiola Méndez, une joueuse de cuatro portoricaine, collaboratrice de Bad Bunny, et un show en soi. Et si vous aimez les mélanges inattendus : Leenalchi, un groupe sud-coréen quelque part entre le rock et la musique traditionnelle coréenne. Complètement éclaté, dans le meilleur sens du terme.

