Dernière entrevue | Louis-Philippe St-Arnault

Concepteur scénographique, Louis-Philippe St-Arnault est le directeur du département d’immersion à la Société des Arts Technologiques [SAT]. Son équipe se penche sur la recherche et développement de différents environnements immersifs et de leur impact. Actuellement, il oeuvre sur le projet Satosphère, ce dôme de 18 mètres de diamètres qui couronne maintenant l’édifice de la rue St-Laurent. Cette immense coupole servira d’espace immersif audiovisuel, que des créateurs pourront meubler avec des présentations, des projections et des oeuvres d’art numériques.

Par Marie-Pierre Bouchard

Quelle est la principale tendance dans ton domaine actuellement?

Depuis une bonne dizaine d’années, c’est la notion d’interactivité qui est remarquable. Ça apporte une dimension bidirectionnelle à la création. L’artiste ne propose plus une oeuvre scellée, mais plutôt une oeuvre en constante évolution. Il devient un fabricant d’expérience. Ce qui est intéressant, c’est que le public devient créateur, car c’est lui qui définit la finalité de ce qu’il expérimente.

La technologie y est pour beaucoup?

Oui, c’est indissociable du phénomène, en raison de l’accessibilité que ça génère. Au niveau de la programmation des séquences d’interaction, c’est d’autant plus facile pour les créateurs d’utiliser ces outils-là. Il y a quelques années, c’était beaucoup moins accessible. Maintenant, on a accès à un tas d’outils qui permettent d’interagir, et permettent aux artistes de profiter du fait que les gens ont des appareils mobiles sur eux; ils ne sont même plus obligés de fournir de senseurs pour capter l’information que le public veut envoyer, puisque le public l’envoie automatiquement!

Pourquoi cet engouement naturel de la part du public?

Je pense que les gens ont envie de changer l’espace public. Il y a cette volonté de contribuer à une oeuvre. Tout le monde a envie de participer, de laisser sa trace.

Cette tendance améliore-t-elle la vie urbaine?

Oui! Parce que l’espace urbain est ainsi en continuelle redéfinition, en constante mutation! Je pense entre autres à la réalité augmentée, où l’interface d’une application mobile se sert d’une caméra pour avoir accès à différentes informations à propos de la ville. On va voir ça de plus en plus.

Est-ce que Montréal s’inscrit dans cette tendance à l’interactivité?

Oui tout à fait. Montréal est naturellement peuplée de compagnies créatives et d’artistes qui souhaitent plus que jamais participer activement à l’espace public. Montréal est bien positionnée pour devenir un pôle important, parce qu’on possède le talent pour rayonner internationalement. Cela dit, il y a toute la question du financement, qui peut être problématique. Les projets qui mêlent l’art et la technologique fusent de partout, mais c’est un nouveau langage et ce n’est pas évident de se faire comprendre par les investisseurs. Il faut que les anciens systèmes arrivent à comprendre les nouveaux…

Qui sont les organismes à Montréal qui contribuent à développer et à exploiter la culture numérique?

Je pense notamment à ESKI, Moment Factory et Sid Lee, entre autres.

Bien sûr, il y a aussi le hub urbain incontournable qu’est la SAT. C’est un lieu d’échange et de partage, un carrefour de création par excellence. Et parce qu’on y tient des événements publics et culturels à longueur d’année, c’est naturellement une plaque tournante.

Quelle nouvelle technologie considères-tu particulièrement inspirante et prometteuse, mais qui n’est pas encore utilisée à son plein potentiel?

D’emblée, je dirais que la créativité humaine n’a pas encore atteint son apogée. La plus belle technologie est sans doute celle que l’on n’a pas encore imaginée…

Mais pour de mon point de vue professionnel, je dirais que toute la technologie entourant l’immersion sphérique, est certainement prometteuse. Actuellement, elle est encore au stade d’être définie. La collectivité avec qui je travaille sur le projet de la SATosphère s’affaire notamment à en définir le concept et le langage.

Comment décrirais-tu Montréal?

Montréal est un pôle culturel qui pourrait rayonner davantage, encore qu’il faut trouver la manière de se démarquer et de rayonner davantage. Ses industries de création de pointe et ses artistes visionnaires sont très actifs, de même que certains organismes qui défendent et poussent la culture numérique. Dans le domaine des arts technologiques et numériques, nous n’avons pas le poids de l’histoire qui joue contre nous — contrairement au domaine des Beaux-Arts, par exemple, où toute une tradition a été mise en place depuis des siècles ailleurs dans le monde. Nous participons activement à l’élaboration de la culture numérique depuis le début, nous avons donc toutes les raisons d’être sûrs de nous.

Par ailleurs, je suis particulièrement fier du fait qu’ici, au Québec et à Montréal, on encourage beaucoup les jeunes créateurs. On fait preuve d’une ouverture qui est tout à notre avantage, en faisant confiance aux nouveaux. En ce sens, on n’a rien à envier à l’Europe, qui est beaucoup plus conservatrice sur ce point.

Quel aspect te plaît particulièrement dans une ou des villes étrangères, et que tu aimerais voir se développer à Montréal?

Je trouve qu’en Europe, et en Amérique du Sud, les gens savent vraiment comment «jouer dehors»! Le mode de vie extérieur est souvent mieux développé là-bas. La manière d’occuper les espaces publics est vraiment intéressante. À propos, l’initiative du Quartier des spectacles est audacieuse et admirable en ce sens. Mais il faut en développer encore plus, des espaces que l’on peut envahir. En France, par exemple, des installations qui sont souvent déployées en public sans que ce soit nécessairement dans le cadre d’un événement ou d’un festival. J’aime le concept de simplement partager collectivement une expérience dans un espace public.

Qu’est-ce qui, à Montréal, mériterait plus de visibilité, d’attention ou d’amélioration?

Peut-être parce que j’aime les dômes, tout de suite je pense à la Biosphère, le dôme géodésique conçu par l’architecte Richard Buckminster Fuller à l’occasion d’Expo 67. Chaque fois que je passe à côté de cette œuvre magistrale (qui est d’ailleurs un puissant symbole de Montréal), je me dis que sa mise en valeur n’est pas optimale. Oui, y a des éclairages et des expositions sur les lieux, tout ça. Mais on pourrait faire plus avec sa structure architecturale, s’en inspirer pour créer directement sur et autour d’elle; on pourrait par exemple la recouvrir et faire des projections. Ce serait vraiment intéressant de travailler avec ce monument si bien situé, qui a un potentiel évident, et lui donner une meilleure visibilité.

Qu’est-ce qui, selon toi, a le pouvoir de transformer le visage urbain en intégrant l’usage des technologies?

Un concept que l’on explore beaucoup dans la SATosphère: la proximité entre le virtuel et le réel — la réalité augmentée, la possibilité de passer par-dessus les frontières physiques. Comme société, on est de plus en plus connectés au virtuel, que ce soit par Internet et les médias sociaux. On utilise le virtuel de manière fluide dans l’espace physique. Le virtuel et le réel sont intégrés l’un à l’autre, et ça transforme le visage de la ville — c’est une évidence. Par exemple, avec des projections de grandes envergures, il est maintenant possible de retravailler visuellement l’architecture d’un bâtiment et lui donner un nouvel aspect!

Avec les appareils mobiles qui permettent la géolocalisation, il est possible d’avoir accès à des informations au sujet d’une œuvre ou d’un monument de la ville. On parle si peu des grands architectes de Montréal! Mais bientôt, en regardant le panorama de la ville sur notre téléphone intelligent, on pourra identifier les architectes et les années de construction des bâtiments qui nous entourent! C’est extrêmement positif et enthousiasmant.

Quelles sont tes sources d’inspirations?

Comme scénographe, les espaces et l’architecture me parlent beaucoup. Je m’intéresse particulièrement au déplacement humain en milieu altéré. Quand on choisit un espace pour le transformer (par un bâtiment dans une rue, ou par l’ajout d’une œuvre dans un musée ou un espace public, par exemple), ça modifie toute l’activité humaine autour de cet espace. Les gens circulent et se positionnent autrement, ils adoptent certains points de vue, etc. C’est la matière première de mon travail, et ça devient ma source d’inspiration naturellement.

Ce qui m’anime principalement, c’est l’idée de redéfinir les outils d’expression artistique, liés aux nouvelles technologies. Oui, les nouvelles technologies sont des outils, mais parfois, indirectement, elles deviennent une source d’inspiration par leur manière d’ouvrir une porte à un langage différent.

Parle-nous d’un designer qui, selon toi, a bouleversé notre perception du design en général.

Il y en a plein! Mais je dirais Gaudí. Ce qui me passionne de son œuvre, c’est le rapport du multiface, ces nombreux choix de points de vue. Impossible de voir un élément de son œuvre sans avoir l’intention d’en faire le tour, de l’explorer. Chaque pas, chaque mouvement, chaque déplacement en périphérie de l’objet te font découvrir autre chose! Tu croyais voir telle forme, finalement c’est autre chose! C’est fascinant. Et son œuvre a eu un réel impact dans l’histoire de l’art et de l’architecture: il y a eu avant et après Gaudí… Que l’on pense au Musée Guggenheim de Bilbao, ou à l’Opéra de Sidney, où selon tel ou tel angle, on ne voit qu’un fragment, et qui change selon la lumière. Ce sont toutes des belles inspirations…

Quels sont les moyens de communication que tu utilises le plus?

Les courriels et les SMS. Par contre, j’ai choisi de ne pas être sur les médias sociaux. Ce n’est pas par manque d’intérêt, mais surtout par crainte d’y perdre trop de temps et d’être déconcentré…

Selon toi, quel axe de communication utilisé par certaines compagnies peut devenir irritant, voir rébarbatif? Et comment peut-on les inciter à changer leur façon de faire?

Les méthodes de communications unidirectionnelles. Comme le placardage publicitaire, par exemple, qui prend tellement de place… ça devient oppressant, du fait que c’est à sens unique. Je pense notamment aux stations de métro, où l’on est bombardé de publicités dans ces espaces restreints, jusque par terre, en plus des écrans, tout ça.

L’un des organismes qui a eu une idée géniale, c’est le M.A.P. (Mouvement Art Public), qui a loué des espaces publicitaires et a mandaté des artistes afin d’y afficher des œuvres intégrées. Ce genre d’initiative permet d’embellir et de désaliéner ces espaces habituellement occupés par la publicité. C’est une réponse poétique à un affront qui nous est de plus en plus imposé.

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Entrevue # 5 | Sylvain Carle

Sylvain Carle est bien connu du milieu web montréalais. Spécialiste de technologies Internet émergentes, il se définit comme un «geek en chef» passionné. Il œuvre actuellement sur le projet Needium, un moteur de recherche qui identifie les besoins implicites ou explicites exprimés par les consommateurs dans les médias sociaux, et qui propose ensuite des occasions d’affaires aux entreprises.

Par Marie-Pierre Bouchard

Quelle tendance connaît un essor notable en ce moment dans ton domaine?

D’une part, la personnalisation des technologies grâce à leur version mobile; de plus en plus, les individus se déplacent avec un accès internet dans leur poche. D’autre part, les fichiers personnels se retrouvent dans le nuage (cloud). Ces deux tendances sont liées et fonctionnent ensemble.

De quelle manière envisages-tu l’évolution technologique?

Depuis une quinzaine d’années, j’ai observé que les gens ont tendance à surévaluer les changements à court terme, et à sous-évaluer les changements à long terme! Par exemple, on entend souvent cette idée qu’on aura un jour un implant dans le cerveau. Je n’adhère pas à ce genre de prévision! Par contre, je suis d’avis que nous avons actuellement une capacité de traitement (processing) qui s’approche de ce qu’on voyait autrefois comme de la science-fiction. Nous y sommes.

La reconnaissance vocale, par exemple, est maintenant au point. Les gens ne sont pas encore dotés d’équipement adéquat pour l’utiliser dans sa pleine mesure – mais ce n’est qu’une question de temps. D’ailleurs, l’interface écran/clavier/souris n’aura été dans l’histoire qu’un bref épisode d’adaptation, et il est en voie d’être complètement remplacé par quelque chose de très organique : on a déjà un aperçu de ce qui s’en vient, avec les écrans tactiles et la reconnaissance vocale, et ce n’est que le début. Plutôt que de se plier à un système qui ne nous ressemble pas, nous élaborerons des ordinateurs qui fonctionneront selon l’approche humaine.

Comment Internet améliore-t-il la vie urbaine?

De plusieurs manières. La technologie de géolocalisation, par exemple, génère un répertoire de lieux et encourage la découverte. Si je suis en vacances à San Francisco, et que j’ai envie de manger des sushis, je peux voir sur Foursquare qui, parmi les gens de mon réseau, a l’habitude de tel ou tel resto de sushis. Ça a une valeur résiduelle. C’est comme si on amenait nos amis avec nous dans notre poche!

Est-ce que Montréal s’inscrit dans cette tendance?

Oui, Montréal connaît actuellement une belle effervescence sur la scène techno. Je pense à Île sans fil, qui a été un précurseur dans l’idée du réseau ambiant. Cela dit, la ville de Québec l’a mieux intégré encore que Montréal! Là-bas, il y a un réseau sans fil dans pratiquement tous les espaces publics, même dans les parcs! Cela dit, c’est bien beau être branché partout et tout le temps, mais il est également essentiel de créer des lieux de rencontres, pour encourager la bande passante humaine! Je pense notamment à la Fondation OSMO, qui compte rafraîchir la Maison Notman afin d’y établir des sociétés naissantes de la technologie web et mobile dans un esprit collaboratif. Les civilisations humaines ont toujours eu besoin de cet espace neutre que l’on appelle la troisième zone, cet endroit séparé des lieux d’habitation et de travail. Qu’on pense au forum romain et à l’agora, ou plus près de chez nous au perron de l’église, cet espace public est nécessaire comme lieu d’échanges. Internet et les médias sociaux viennent réaffirmer ce besoin d’échange et de partage.

Quelle nouvelle technologie considères-tu particulièrement inspirante et prometteuse, mais qui n’est pas encore utilisée à son plein potentiel?

Depuis que nous avons accès au réseau partout, tout le temps, à même notre poche, nous faisons face à une surabondance d’information. Il est maintenant nécessaire de développer la technologie permettant d’analyser et de filtrer l’information basée sur ce qu’on appelle l’algorithme prédictif. C’est ce qui est formidable avec les ordinateurs : ils sont là pour ordonner des millions de données pendant que l’humain peut vaquer à son intuition et à sa créativité.

Comment décrirais-tu Montréal?

Je suis un fan fini de Montréal! Je suis né à Rimouski, j’ai été élevé en banlieue, et pour moi Montréal était le lieu de tous les possibles. Et ça l’est! Il y a dans ce melting pot une richesse et un potentiel incroyable. J’ai aussi vécu à San Francisco, et ce sont des villes qui se ressemblent à certains égards : les deux sont villes portuaires, des terres d’immigration, où vivent d’importantes communautés gaies et des gens créatifs. Montréal est une référence internationale au niveau de la musique alternative, et j’aimerais qu’elle le devienne aussi dans le domaine de la techno.

Quel aspect aimerais-tu voir se développer à Montréal?

La capacité de pouvoir déclarer «nous sommes les meilleurs», ou «nous visons le top». C’est une attitude qui manque encore à la culture locale qui vient de notre passé où l’on s’était fait dire qu’on était nés pour un p’tit pain. Il faut se défaire de ça, et adhérer au principe que lorsqu’on partage une idée, on ne se la fait pas voler, on lui permet plutôt de s’enrichir et de se bonifier!

Au Québec, on aime discuter. La notion d’échange, de partage et de collaboration est en plein développement. C’est ce que j’essaie d’implanter avec le concept d’anticonférences que sont les BarCamp et MediaCamp.

Qu’est-ce qui, à Montréal, mériterait plus de visibilité, d’attention ou d’amélioration?

Sur le plan urbain, j’observe que le Québec est en transition. Le réseau des pistes cyclables s’améliore nettement ces dernières années, et on doit continuer dans cette voie. Il faudrait aussi aménager plus d’espaces réservés aux piétons. C’est une configuration urbaine très européenne qui n’est pas encore bien implantée ici. Mais il est important de s’y mettre, car ça améliore grandement la vie de quartier.

Qu’est-ce qui, selon toi, a le pouvoir de transformer le visage urbain en intégrant l’usage des technologies?

Le fait que tout le monde soit en ligne. Les réseaux sociaux permettent de repérer et de découvrir les initiatives locales plus facilement. C’est là qu’on s’aperçoit qu’il n’y a pas de vie virtuelle et de vie réelle : Internet, ça fait partie de la «vraie vie»! Les citoyens sont beaucoup plus visibles sur les médias sociaux, ils sont vus et entendus. C’est pareil pour les industries et les commerces. C’est ça, le village global.

Quelles sont tes sources d’inspirations?

Les patenteux, les bidouilleurs. Ceux qui tentent l’impossible, et qui s’approprient quelque chose pour en créer une autre. Enfant, j’aimais les jeunes qui s’adonnaient au skateboard, car ils inventaient leur sport sur le mobilier urbain, ils s’appropriaient l’espace public et ont créé quelque chose de nouveau. J’ai aussi admiré les cracks d’informatiques parce que grâce à leur curiosité et leur audace, ils ont tenté des expériences et modifié le monde de la techno. Encore une fois, c’est parce qu’ils communiquaient ensemble qu’ils ont pu évoluer : les échanges accélèrent le progrès.

Dans un autre ordre d’idée, les gares m’inspirent énormément. Dans toutes les villes du monde, il y a ces gares qui sont les lieux de mouvements, de départs, de retours, d’adieux, de retrouvailles. C’est comme un routeur.

Parle-nous d’un spectacle ou d’une exposition qui t’a marqué, notamment par l’utilisation des technologies.

Un spectacle théâtral en hommage à l’imaginaire hybridé de Norman McLaren créé par lemieux.pilon 4d art. C’était une belle intégration d’hologrammes, de projections et de musique, très poétique, et surtout c’est très bien dosé.

Qui selon toi a changé notre perception du design?

Jonathan Ive a littéralement réinventé le design des ordinateurs, autant le matériel que le logiciel, c’est un incontournable.

J’admire aussi beaucoup Linus Torvalds (celui qui a développé Linux), parce qu’il a su faire «je vous offre mon code, et ensemble on va continuer à le peaufiner». Il a compris et transmis l’idée que l’on peut concevoir un design dans le but qu’il soit transformé et amélioré.

Quels sont les moyens de communication que tu utilises le plus?

Courriels, médias sociaux, tout ce qui permet de collaborer en utilisant la technologie numérique. Et j’adore le contact humain. Par contre, je n’aime pas ce qui est analogue, comme le fax ou le téléphone.

Ce sont surtout les gens de mon réseau qui m’alimentent lorsque vient le temps de savoir où aller, quoi faire, où qui me tiennent au courant de ce qui se passe, par les réseaux sociaux notamment. Les gens s’assemblent et se désassemblent au gré de leur volonté, de leurs inspirations et de leurs aspirations. «Small pieces loosely joined». C’est vivant, c’est dynamique.

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Entrevue # 4 | Laurent Maisonnave

Sur son blogue, Laurent Maisonnave se présente comme un influenceur du web. Chroniqueur médias, conférencier, auteur, podcasteur et chargé de cours, il est également président d’Île sans fil et fondateur de Seevibes.

Par Marie-Pierre Bouchard

Qu’est-ce que Seevibes?

C’est un site qui mesure l’audience sociale de la télé et de la radio, en tenant compte de ce que le public exprime. Nos clients sont donc les télédiffuseurs et les radiodiffuseurs. Le lancement officiel aura lieu à la rentrée, mais nous avons déjà un blogue en ligne.

Quelle tendance observes-tu à propos des habitudes des téléspectateurs?

Une récente étude américaine démontre que 70 % des téléspectateurs surfent sur Internet pendant qu’ils regardent la télé, et qu’une forte proportion d’entre eux le font dans le but d’interagir sur les médias sociaux à propos de ce qu’ils sont en train de visionner. Sur Facebook, les pages qui reçoivent le plus de clics J’aime sont celles des émissions de télé! Et sur Twitter, c’est le sujet qui suscite le plus d’échanges (on appelle ce phénomène le twivage).  La télé est donc le rendez-vous #1 des internautes!

C’est donc dire que cette relation privilégiée avec la télé et la radio, que nous avons entretenue au cours des dernières décennies, est donc encore très forte. Malgré toutes les options qui leur sont offertes aujourd’hui, non seulement les gens continuent de regarder la télé, mais ils y ajoutent une couche d’interaction sociale. C’est ce que je définis comme étant le « 2e écran »: entre nous et l’écran de télé, il y a cette autre fenêtre (un téléphone intelligent, un laptop, ou un iPad surtout est l’image phare) qui nous permet d’interagir socialement.

Comment la technologie a-t-elle su ainsi transformer les habitudes?

Les réseaux sociaux sont si faciles à utiliser, si accessibles! Autrefois, le clavardage était réservé aux informaticiens. Maintenant, ma mère peut le faire sans peine. Et le matériel se développe de manière à en simplifier la manipulation : ma fille de un an arrive à activer certaines fonctions du iPad! Après 15 ans dans le grand public, Internet commence à atteindre une certaine maturité. Il y a toute une nouvelle génération qui a grandi avec, tandis que les anciennes ont appris à la maîtriser. Ça fait partie intégrante de la vie maintenant.

Cette tendance améliore-t-elle la vie urbaine?

Si on prend l’exemple des médias sociaux, je dirais que oui. La géolocalisation est extrêmement utile en ville. Et grâce à nos téléphones intelligents, on partage nos découvertes et nos expériences en temps réel avec nos proches. Par exemple, lorsque je vais au Musée, je prends des photos que je publie sur Facebook ou que j’envoie par courriel. C’est génial lorsqu’on visite une ville étrangère!

Comment Montréal s’inscrit-elle dans cette tendance?

Montréal est une ville de médias! L’industrie de la télé est très importante, les producteurs sont nombreux. Et au niveau des réseaux sociaux, on observe qu’effectivement la communauté montréalaise est extrêmement dynamique. On n’a qu’à penser au Mediacamp ou au Community Camp de Yul Contenu, par exemple. Dans ces événements, l’ambiance est très ouverte, les conférences invitent aux débats et à l’interaction.

Et d’ailleurs, on remarque l’avènement de nouveaux métiers, comme les gestionnaires de médias sociaux, qui sont de plus en plus en demande.

Quelle nouvelle technologie considères-tu particulièrement inspirante et prometteuse, mais qui n’est pas encore utilisée à son plein potentiel?

J’ai envie de parier sur l’avenir des objets connectés. Il est maintenant possible d’attribuer une adresse courriel à n’importe quel objet : on peut donc envoyer des signaux à ces objets, autrement dit on pourrait communiquer avec eux, et eux avec nous! Supposons que ma plante verte a son adresse courriel en plus d’être munie de détecteurs d’humidité dans son pot de terre; elle pourra m’envoyer un message pour me dire qu’elle a besoin d’eau. Mon frigo pourrait aussi me dire qu’il est temps de racheter du yaourt, et le yaourt en question, une fois acheté, me fera signe à l’approche de date d’expiration. Pour l’instant, on connaît le concept de domotique et de « maisons intelligentes », mais c’est encore très sommaire. Je crois qu’on va aller beaucoup plus loin et que tous les objets seront un jour connectés.

Comment perçois-tu Montréal?

Montréal est une ville connectée. Les gens sont très faciles d’accès, le contact est facile et se fait rapidement. Il y a beaucoup d’occasions de rencontres, de 5 à 7, d’événements. C’est une ville extrêmement agréable sur le plan social. J’aime le mélange culture/technologies, qui se mêle naturellement. L’art de vivre est une évidence ici.

Qu’aimerais-tu voir se développer à Montréal?

L’ambition. Elle serait justifiée et méritée, car Montréal regorge de talents.

Qu’est-ce qui, à Montréal, mériterait plus de visibilité, d’attention ou d’amélioration?

On vend très bien l’art de vivre ici. On a de bons restos, de belles terrasses, une culture foisonnante. Mais ce n’est pas une excuse pour cacher le dynamisme économique. Pour moi, l’économie a autant de valeur que la culture! On est une capitale de l’innovation. Même s’il n’y a pas ici une entreprise qui a le poids d’un Google, on a pourtant des dizaines et des dizaines de « miniGoogle » qui méritent d’être mises en valeur!

Qu’est-ce qui, selon toi, aurait le pouvoir de transformer le visage urbain en intégrant l’usage des technologies?

Il faut développer des logiciels pour optimiser les investissements urbains. Par exemple, lorsqu’on décide de monopoliser une artère afin de réparer des nids de poule, il faudrait un service informatisé qui permet aux différents services urbains de communiquer entre eux et de se coordonner pour tout réaliser en même temps. On creuserait une fois, et on en profiterait pour changer le système d’égouts, l’électricité, et refaire la chaussée, d’un seul coup, plutôt que d’embêter les gens en creusant trois fois! En plus, on économiserait des sommes considérables!  Il est évident que les technologies sont là et peuvent offrir ce genre de solutions. Maintenant, cela relève aussi d’une volonté politique, il faut des élus visionnaires, des personnes ambitieuses. À nous de les élire…

Quelles sont tes sources d’inspirations?

J’aime beaucoup le magazine Wired.

Mais ce sont surtout les gens qui m’inspirent. Sylvain Carle, par exemple. Montréal a de la chance d’avoir un individu comme lui qui influence positivement son rayonnement!

Et ma fille d’un an et demi m’inspire d’une toute nouvelle façon.

Qu’est-ce qui a bouleversé ta perception du design?

Le Musée Guggenheim Bilbao, conçu par l’architecte Frank O. Gehry. Ce monument d’avant-garde du XXe siècle m’a énormément marqué d’un point de vue architectural.  Lorsqu’on parlait du pouvoir de transformer la vie urbaine, je trouve que Guggenheim est un exemple parfait. Bilbao  était une municipalité industrielle, et ce monument architectural a éclot comme une fleur, il a complètement transformé la ville! Ce genre de réalisations a un impact immense et extrêmement positif sur la vitalité et la beauté des villes.

Quels sont les moyens de communication que tu utilises le plus?

Mon iPhone. Facebook. J’ai aussi un compte Twitter, mais je l’utilise avec parcimonie, de manière professionnelle uniquement.

Comment te renseignes-tu sur ce qui se passe à Montréal?

C’est surtout mon réseau d’amis qui me tient au courant (de vive voix ou via Facebook).

Quelle est l’organisation avec qui tu entretiens un dialogue ouvert et constant, celle qui te parle le plus et le mieux?

La SAT est un bel exemple. Elle regroupe tout ce qui a de bien en termes de rencontres entre la techno et la culture, en plus d’occuper une belle place au sein de la communauté.

Qu’est-ce qui t’irrite dans la manière de communiquer de la part de certaines entreprises?

Les entreprises qui n’ont pas compris qu’aujourd’hui, le partage de l’information est aussi important que l’information elle-même. Certaines compagnies résistent encore à inclure un espace commentaire à leur site web, pour éviter de se faire ouvertement critiquer! Pour moi, ça va complètement à l’encontre de la façon de communiquer à l’ère du 2.0. L’information est maintenant accessible à tous; les entreprises doivent rentrer ça dans leur tête, et se préparer au mieux à recevoir le feedback de leur clientèle.

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Entrevue #3 | Patrick Dubé

Patrick Dubé est consultant en innovation ouverte. En expansion depuis une dizaine d’années en Europe, le concept d’innovation ouverte est relativement récent en Amérique du Nord. Patrick Dubé se spécialise particulièrement dans le développement des stratégies autour des Livings Labs. Un Living Lab est une démarche méthodologique de codéveloppement d’un projet par de multiples prenantes et au sein de laquelle les projets sont portés par les usagers. Un living lab est centré sur les notions d’appropriation, d’expérimentation collective et de développement durable et responsable.

Par Marie-Pierre Bouchard

Les Livings Labs connaissent un essor remarquable en ce moment. Comment cela se manifeste-t-il?

Depuis environ sept ans, il y a une véritable explosion dans ce domaine, surtout en Europe. À l’échelle mondiale, on en compte environ 300 qui sont officiellement certifiés par l’ENoLL. C’est innovateur, parce que les usagers sont porteurs du processus de réflexion.

Quelle est la tendance actuellement au niveau des Livings Labs?

On assiste actuellement à un changement de paradigme complet dans le soutien à l’innovation. Avec l’apparition des Living Labs, on a maintenant la possibilité de joindre les intérêts des citoyens, des organismes communautaires, des organisations publiques et des entreprises. Ces dernières s’approprient de plus en plus cette approche afin de demeurer compétitives dans une «no-time-to-think economy » de plus en plus turbulente. C’est intéressant parce que les living labs représentent un moyen de créer un capitalisme plus humain et plus intègre.

Comment expliquez-vous que ce soit la technologie qui permette cette humanisation?

La technologie de l’information est au cœur même de tous les Livings Labs. CCela contribue significativement au phénomène de co-création. Plusieurs parties prenantes ont la possibilité de participer à un même projet et de le bonifier, en l’expérimentant en temps réel.

Le web 2.0 permet de favoriser la création d’un agenda commun : qu’on soit à gauche ou à droite, on voit l’autre et parce qu’on le voit, on a la possibilité de le comprendre. Cela ne se fait pas tout seul cependant et nécessite cependant la mise en place de mécanismes d’animation de communautés particuliers.

Comment les Livings Labs améliorent-ils la vie urbaine?

Ils permettent aux gens de créer du sens commun dans la diversité.

Je vais te donner un exemple concret. À Barcelone, il y a un Living Lab, Citilab qui a mis sur pied un projet avec les personnes âgées, afin de leur apprendre à utiliser la technologie. En maîtrisant Internet, il devient plus facile pour eux de socialiser. Le Living Lab permet d’adapter la technologie à leurs besoins et à leurs limitations physiques ou mentales, ce qui crée une innovation de la technologie elle-même à partir de ces nouveaux modèles d’usagers.

Mais parallèlement, à Barcelone, on s’est aperçu que par leur présence sur Internet et par leur participation au Living Lab, les personnes âgées documentent la ville au 20e siècle! Ainsi, cela profite au bien commun pour l’ensemble de la population de la ville de Barcelone.

Est-ce que Montréal s’inscrit dans cette tendance? Qui sont les personnes à Montréal qui contribuent à la développer et/ou à l’exploiter?

Sur les 300 Livings Labs certifiés répartis dans une trentaine de pays, on en compte seulement trois en Amérique du Nord! Et sur ces trois-là, deux sont situés à Montréal :

  • Le Mandalab : c’est un Living Lab citoyen qui a des chantiers dans les secteurs de l’éducation, de la territorialité numérique, de la démocratie participative, de la fabrication numérique (Fablab), du développement durable et du style de vie.
  • Le URBAN HUB de la SAT, dont le premier chantier est dans le secteur de l’humanisation des soins de santé par les arts technologiques dans les hôpitaux pour enfants (en partenariat avec l’Hôpital Ste-Justine). Ils ont aussi des projets de réalité virtuelle immersive, d’animation vidéo, de téléprésence, de thérapie par avatar 3D, etc.

En plus de ces deux Livings Labs déjà certifiés, une bonne dizaine sont actuellement en développement. On peut donc affirmer qu’à l’échelle nord-américaine, Montréal est LE pôle du Living Lab.

Quelle nouvelle technologie considères-tu particulièrement inspirante et prometteuse, mais qui n’est pas encore utilisée à son plein potentiel?

La réalité augmentée. Certains croient, à tort, que cela ne ferait qu’augmenter l’information à laquelle nous avons accès, et qui est déjà trop abondante pour qu’on puisse l’intégrer. Mais en réalité, non, c’est plutôt l’inverse qu’il faut créer! Il faut se concentrer sur le développement d’applications permettant de filtrer l’information, en arrivant à en déterminer la pertinence. Ce genre d’application pourrait ressortir d’un Living Lab.

Comment décrirais-tu Montréal?

Une ville de paradoxes et de contradictions, de dualités et de contrastes. C’est ce qui la rend intéressante et vibrante.

Quel aspect te plaît particulièrement dans une ou des villes étrangères, et que tu aimerais voir se développer à Montréal?

J’aime beaucoup le phénomène du speaker’s corner, que l’on peut observer dans le Hyde Park à Londres. C’est un exercice de démocratie participative que je peux parfaitement imaginer au pied du Mont-Royal! Les Montréalais seraient excellents!

J’aimerais aussi que Montréal adopte l’horaire catalan… (rires!)

Qu’est-ce qui, à Montréal, mériterait plus de visibilité, d’attention ou d’amélioration?

Aussi étrange que cela puisse paraître : la scène metal! Montréal est la Mecque du heavy metal en Amérique du Nord, et personne n’est au courant! Moi-même, je ne suis pas un adepte, mais quand même, je pense que Montréal gagnerait à reconnaître que ce genre musical est sous-représenté, à tort.

Et dans un tout autre ordre d’idées, je trouve que le patrimoine religieux est vraiment maltraité. La Ville aux Cent Clochers est en train de se transformer en Condos Land, et en mon sens c’est une perte désolante…

Qu’est-ce qui, selon toi, a le pouvoir de transformer le visage urbain en intégrant l’usage des technologies?

Les Livings Labs! C’est à ça que ça sert, précisément.

Que penses-tu des réseaux sociaux?

Je pense que les réseaux sociaux ont leur utilité, mais il faut absolument qu’on sorte de «l’exposition de soi» pour aller vers l’exploration de soi dans la découverte de l’autre.

Quelles sont tes sources d’inspirations?

Le monde végétal et organique. Je suis un grand admirateur de l’art nouveau. Je tripe sur Gaudi, j’aime le style Tiffany, etc.

Je suis aussi inspiré par l’environnement où je travaille. Par exemple, j’apporte régulièrement mon laptop dans le cimetière Côte-des-Neiges, je m’y sens bien et ça m’inspire.

Parle-nous d’un spectacle ou d’une exposition qui t’a marqué, notamment par l’utilisation des technologies.

J’ai oublié le titre… J’ai vu un spectacle de danse expérimentale il y a quelques années… Les danseurs étaient munis de capteurs d’informations, et il y en avait partout dans la salle. Ces capteurs renvoyaient de l’information aux danseurs en temps réel sur ce qui se passait dans la salle, et ceux-ci s’ajustaient. C’était fascinant, c’est le genre d’utilisation de la technologie qui m’allume au plus haut point. J’appelle ça de l’humanité augmentée.

Parle-nous d’un designer qui, selon toi, a bouleversé notre perception de la mode.

Coco Channel, pour son rôle déterminant auprès des femmes.

Quels sont les moyens de communication que tu utilises le plus?

Je privilégie la parole et le dialogue en face à face. Je communique aussi par courriel, c’est un incontournable. J’aime bien les réseaux sociaux, mais j’ai hâte qu’ils livrent leurs promesses en termes de rapport à l’autre…

Comment te renseignes-tu sur ce qui se passe à Montréal?

Je ne suis pas un grand lecteur de blogues ou de sites web, mais j’ai un grand réseau qui me tient au courant et me nourrit!

Selon toi, est-ce que le dialogue suscité par certaines compagnies peut devenir irritant?

L’approche des compagnies de téléphone m’irrite au plus haut point, car tout semble fait pour annihiler la réalité de l’usager…

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Tourisme et téléprésence

Un de mes fantasmes vient de se réaliser : il y a un dispositif de téléprésence qui vient de pousser dans le Quartier, sur Bleury, à l’angle du boulevard de Maisonneuve!

En fait, ce sont Tourisme Montréal et Tourism Toronto qui ont lancé ce matin leur plus récent projet, Trompe ta ville mur à mur. Il s’agit d’un système de webcam et d’écran géant qui permet aux passants montréalais d’interagir directement avec nos amis Torontois.

Bien que je n’ai eu droit qu’à un camion stationné pendant les 3 minutes où j’y étais, et que ce ne fut pas l’expérience la plus exubérante qui soit, je trouve l’idée absolument géniale. Il parait même qu’on a prévu d’y faire une compétition de break dance, des séances de danse sur l’heure du midi, une collaboration virtuelle entre des artistes des deux villes, une séance de taï chi virtuelle… Quelle merveilleuse utilisation des nouvelles technologies pour bonifier l’expérience urbaine!

Il s’agit encore une fois d’une idée toute simple, originale, qui permet d’innover et de repenser notre rapport à la ville. J’adore.

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Entrevue #2 | Bettina Forget

Bettina Forget est artiste en arts visuels et propriétaire de la galerie Visual Voice. Elle est très impliquée dans le milieu culturel montréalais et publie des critiques d’art dans le Belgo Report. Elle a aussi un blogue personnel, où l’on peut notamment voir ses œuvres. C’est avec beaucoup d’enthousiasme qu’elle a accepté de partager ses réflexions autour des arts technologiques à Montréal.

Par Marie-Pierre Bouchard

ARTS ET TECHNOLOGIE

Dans le domaine des arts visuels, quelle tendance connaît un essor notable en ce moment?

L’art interactif et collaboratif connaît un essor remarquable. L’interactivité permet aux spectateurs de devenir des participants, d’ajouter leur vision, leur touche, leur propos.

Crédit photo | Bernard Bujold

De quelle manière la technologie contribue-t-elle à cette tendance?

Internet permet cette collaboration entre les artistes et le public. Je pense par exemple à Perry Bard et son projet «Man with a Movie Camera : The Global Remake». Il s’agit d’un remake d’un documentaire de 1929 qui traitait de la vie urbaine en Russie. Bard chapeaute le projet, mais ce sont des gens de partout dans le monde qui soumettent les prises de vue via Internet!  Il projette ensuite les deux films côte à côte dans une salle d’exposition. Sur sont site web, on peut chaque jour voir une version différente du film, juxtaposée à l’original de 1929.

C’est un exemple parmi tant d’autres, mais il y en a plein! Internet est une source inépuisable de possibilités collaboratives.

Comment la collaboration et l’interactivité améliorent-elles la vie urbaine?

Ça garde la culture active, parce que la technologie stimule l’art. Elle offre cette ouverture, qui donne envie aux gens de s’intégrer, de s’approprier les œuvres. Contrairement à l’art traditionnel qui était passif et fermé, l’art interactif ou collaboratif est vivant, accessible et appartient à tout le monde. Et plutôt que de chercher l’art, c’est l’art qui nous trouve et qui vient à nous!

Est-ce que Montréal fait partie de cette tendance?

Oui, Montréal s’inscrit tout à fait dans cette tendance.  Je pense notamment à la SAT ou au Studio XX, qui sont spécifiquement conçus pour jumeler les arts et la technologie, et qui encouragent l’interactivité avec le public.

Un autre exemple intéressant, c’est l’artiste Taien Ng-Chan qui, à l’agence Topo, travaille sur le projet «Poetics of the City», basé sur son film «80 du Parc», consistant en un trajet d’autobus.  Elle intègre ce film sur une carte routière de la ville, via Internet. Le projet est encore en développement, mais on peut en voir la progression.

Quelle nouvelle technologie considères-tu particulièrement inspirante et prometteuse, mais qui n’est pas encore utilisée à son plein potentiel?

Les logiciels qui permettent de faire des vues panoramiques. On peut maintenant télécharger des applications offrant cette fonction sur les téléphones intelligents, mais ce n’est pas encore au point; il y a encore beaucoup d’amélioration à apporter à cette technologie.

Mais je crois beaucoup en l’utilité des panoramas, qui permettent de créer des environnements virtuels et de visiter des lieux à distance. Beaucoup de grandes galeries nous donnent accès à des salles d’exposition via leur site Internet, mais je pense que ce serait la technologie idéale pour faire connaître les petites galeries moins connues.

Crédit photo | Mattera Joly

DES IDÉES POUR MONTRÉAL

Quel aspect d’une ville étrangère aimerais-tu voir se développer à Montréal?

J’aimerais qu’il y ait à Montréal un quartier où se mélangent les lieux de création et les lieux de diffusion artistiques, comme Soho à New York, par exemple.

On a beaucoup d’artistes ici, mais il manque d’ateliers. Le milieu des arts est trop fragmenté.  À Soho, on peut flâner et voir les artistes occupés à créer, en plus de les voir exposer. Cela génère une masse critique, un engouement, un intérêt, et ça roule tout seul!

Qu’est-ce qui, à Montréal, mériterait plus de visibilité, d’attention ou d’amélioration?

Je pense tout de suite au fleuve et au Vieux-Port. Dans plusieurs grandes villes dans le monde, la vitalité provient de l’atmosphère de son port. Ici, malheureusement, le port est mal exploité, il appartient plus aux touristes qu’aux Montréalais. Il faut absolument trouver une façon de le rendre plus authentique, plus organique, plus chaleureux. On doit se le réapproprier.

Qu’est-ce qui, selon toi, a le pouvoir de transformer le visage urbain en intégrant l’usage des technologies?

Les arts de la rue, qui ne cessent de croître en termes de qualité et qui déploient une créativité incroyable. On peut les raffiner de plus en plus grâce aux aimants et aux projections. Woostercollective est un site de référence extraordinaire, qui expose des exemples d’art de la rue et d’art éphémère partout dans le monde.

L’art de la rue est immensément riche, parce que c’est de l’art public. Et ça a le pouvoir de transformer des lieux prosaïques en lieux poétiques.

INSPIRATIONS ET COMMUNICATIONS

Quelles sont tes sources d’inspirations?

Je sors voir toutes les expositions! Je fréquente autant les grandes galeries que les petites.  En voyage, je visite les musées.

Mais pour moi, ce n’est pas suffisant de tout voir : il faut aussi échanger avec les autres. Discuter des expositions que j’ai vues avec des amis, des artistes, des professeurs ou même des scientifiques, c’est ce qui alimente l’inspiration. Lorsqu’on partage son enthousiasme avec des gens stimulants, ça génère beaucoup d’idées.

Parle-nous d’un spectacle ou d’une exposition qui t’a marqué, notamment par l’utilisation des technologies.

L’exposition de Anri Sala, qui a eu lieu au Musée d’Art contemporain dernièrement. C’est à la fois de l’art visuel et du spectacle, qui intègre les sons, la lumière, et la projection d’images.

Quels sont les moyens de communication que tu utilises le plus?

Je lis beaucoup de blogues et je me sers régulièrement des médias sociaux, comme Facebook et Twitter, pour échanger avec ce que j’appelle ma tribu d’artistes! C’est aussi ces moyens de communication qui me permettent de me renseigner sur ce qui se passe à Montréal.

Je suis une adepte des communications par Internet, mais il n’y a rien qui remplace une discussion en personne.

Quelle est l’organisation avec qui tu entretiens un dialogue ouvert et constant, celle qui te parle le plus et le mieux?

J’aime vraiment beaucoup ELAN (English Language ArtsNetwork) C’est un réseau génial pour les artistes, car tout le monde peut parler de ses activités et de ses intérêts. On y trouve autant de ressources que d’opportunités.

Selon toi, est-ce que le dialogue suscité par certaines compagnies peut devenir irritant?

Il peut être pratique de souscrire à certaines infolettres, mais lorsque des messages sont envoyés deux ou trois fois par semaine, je regrette de m’y être abonnée…

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Les QR code de Central Park

J’ai toujours pensé que les idées les plus simples étaient les meilleures. En voici donc une excellente qui serait facilement importable dans le Quartier des spectacles : créer un parcours interactif à l’aide de QR codes.

Bon, j’ai décroché quand on s’est mis à parler des animaux de Central Park qui avaient leur page Facebook. Perso, je ne vois aucun intérêt à être ami avec un écureuil

Autrement, j’aime les capsules d’informations sur l’histoire, la culture et la science. J’aimerais qu’on soit capable de faire revivre virtuellement l’effervescence du Red-Light, qu’on puisse voir des photos d’archives ou qu’on partage des faits intéressants du nouveau mobilier urbain dans le pôle Place des Arts par exemple.

L’idée de montrer des extraits de films à l’endroit exact où ils ont été tournés dans le Quartier serait très chouette aussi, comme un ARTVrama concentré dans le territoire… Et je l’avoue, j’aimerais bien ça moi revoir Élixir quand je prend mon lunch sur la place des Festivals ;)

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Entrevue #1 | JEAN AYMERI DE MAGISTRIS

Chaque semaine, nous allons présenter une entrevue avec un Montréalais qu’on trouve inspirant. Celui qui a bien voulu briser la glace pour nous : Jean Aymeri de Magistris

Entrevue réalisée par Tamy Emma Pepin

Qui es-tu ?

Le jour, je suis directeur marketing pour un groupe d’hôtels-boutiques et de restaurants dans le Vieux-Montréal. La nuit, je m’occupe du blogue montrealstateofmind.com et de la boutique en ligne mtldesigners.com

Comment décrirais-tu Montréal?

Montréal, c’est la plus belle fille que j’ai rencontrée. Je suis amoureux d’elle depuis que j’ai fait sa connaissance. C’est une ville cosmopolite. Les gens y sont créatifs, cultivés et connaissent ce qui se fait ailleurs. Partout où j’ai eu la chance de voyager, je n’ai jamais rencontré de gens qui n’aiment pas Montréal.

À quel moment et où dans le monde est-ce que tu as senti un oh, j’aimerais ça à Montréal, quelque chose qui t’a marqué?

Je dois dire que Paris Plage ça serait très cool sur les Quais du Vieux-Port… Et je crois que si les bonnes personnes se mettent ensemble… tout est possible!

Qu’est-ce qui est la tendance qui mérite d’être soulignée en ce moment?

De plus en plus les gens utilisent les médias sociaux et les blogues pour faire leurs choix de restaurants et d’hôtels. C’est vraiment très utile. Les téléphones intelligents y sont pour beaucoup. Ça nous permet d’avoir accès à l’information, à Twitter, à Facebook et à Foursquare partout où nous sommes.

Est-ce que Montréal fait partie de cette tendance? Est-ce qu’il y a des gens qui sont dans cette tendance à Montréal?

Complètement! Il y a vraiment une croissance sur Foursquare. Et de plus en plus de gens utilisent la fonction Places dans Facebook. C’est définitivement une bonne façon pour moi de découvrir de nouveaux endroits. Ou encore de m’aider à choisir des plats quand j’arrive dans un restaurant que je ne connais pas.

Quelle nouvelle technologie est selon toi trippante, mais pas utilisée à son plein potentiel?

Je crois que les tablettes, comme le iPad, vont devenir une commodité très rapidement. J’ai hâte de voir cette technologie utilisée à des choses plus intéressantes pour la vie de tous les jours et aussi pour les voyageurs

Parle-nous d’un designer ou d’accessoires qui ont bouleversé notre perception de la mode.

Je pense qu’à Montréal, Denis Gagnon est un incontournable. C’est un véritable pionnier.

Comment tu te renseignes sur ce qui se passe à Montréal?

Je suis de très près ce qui se passe sur les différents réseaux sociaux. Beaucoup d’artistes, de créatifs et de movers and shakers montréalais que j’admire y sont. Et je consule énormément de blogues. Je suis en quelque sorte un social media stalker. J’échange aussi beaucoup avec Design Montréal. Ils ont une présence web très pertinente.

Est-ce que tu ressens une overdose de dialogue de la part des compagnies qui affluent sur le web, est-ce que ça t’irrite cette tendance à toujours vouloir parler à tout le monde ?

Non, je crois qu’il faut savoir faire la part des choses. Mais c’est vrai que certaines compagnies ont des meilleures approches que d’autres. Il ne faut pas que ça vire en spam. Je crois que le Quartier des spectacles fait déjà un bon travail sur Twitter et Facebook afin d’engager la conversation. Par contre, je crois que leur mission n’est pas claire pour les Montréalais. Il faudrait travailler en ce sens. La mission et aussi l’état des travaux gagneraient à être plus vulgarisés, afin que le concept du Quartier des spectacles soit moins flou pour les résidents.

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Rêvons ensemble

Avec plus de 12 millions de vues sur YouTube, vous avez probablement tous déjà vu cette vidéo qui montre tous les usages possibles qu’il sera possible de faire avec des dispositifs faits de verre. C’est surprenant, et surtout inspirant.

On intègre des interfaces tactiles sur plusieurs éléments de la maison : comptoir, table, cadre, fenêtre, miroir (je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ma mère qui paniquerait avec les traces de doigts sur son miroir de la salle de bain…). Tous les hardware – téléphone, tablette flexible, table tactile, écran de verre- sont reliés les uns aux autres (bonjour la compatibilité de software quand encore bien du monde on de la misère avec MAC/PC…).

Ma question : comment intègre-t-on ça dans la ville? On y voit l’exemple des abribus interactifs (ce serait génial à Montréal!), mais quels autres usages on pourrait y trouver pour le Quartier des spectacles? Des écrans à la sortie des salles pour voir ce qui s’y passe à l’intérieur? Des points d’accès web sur les mégastructures d’éclairage du pôle Place des Arts? Un plancher tactile interactif sur la place des Festivals qui se module avec les spectacles pendant les soirs d’activités. On rêve ensemble là…

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Quand la photo est wifi

Alors, comme on a dit dans le billet précédant, ce blogue se veut un espace de discussion sur la culture numérique. Rien de mieux pour expliquer comment on comprend ce concept que par un exemple.

École d’architecture et design d’Oslo. Hiver 2011. Trois gars se sont donné comme défi de rendre visible quelque chose d’aussi impalpable que du signal wifi.

Comment ils s’y sont pris? Avec simplement deux outils : une sorte de bâton lumineux de 4 mètres de hauteur qui réagit à la force du signal wifi et un appareil photo qui fait de bonnes photos en longue exposition. La magie s’opère toute seule ensuite. Ça vaut vraiment la peine d’aller voir ça.

C’est une idée toute simple. Et c’est magnifique. Il suffisait juste d’y penser…

Y’a quelqu’un à Montréal qui a eu un projet similaire?

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