Ce qui se Trame au clocher de l’UQAM

Les finissants au baccalauréat en Communication Médias Interactifs de l’UQAM dévoileront, lors de la nuit blanche de Montréal, le fruit du labeur acharné accompli depuis septembre. Sous forme de projections interactives, lumineuses et sonores, ils invitent les noctambules à prendre d’assaut la façade du Clocher de l’UQAM dans un hommage plus grand que nature au cinéma d’animation québécois.

par Félix Larose

Si le terme « multimédia » évoque en vous le souvenir douteux d’un responsable de laboratoire informatique de votre école secondaire, ravisez-vous. Des plus grandes agences de publicité aux artistes internationaux comme Arcade Fire ou le Cirque du Soleil, le marché de l’emploi est plus qu’ouvert à l’arrivé de ses futurs professionnels qui se défont rapidement de l’image de binoclards en chemises manches-courtes.

Cette année pour la première fois dans un projet final, les quasi-bacheliers se sont vu attribuer un client en bonne et du forme. En effet, le festival des Rendez-Vous du Cinéma Québécois, qui célèbre sa trentième édition, a mandaté les jeunes créateurs de souligner à leur manière le cinéma d’animation de la belle province.

... Un point, c'est tout!

Les projections de la Nuit Blanche de l'an passé (Crédit photo: Martine Doyon)

Transformant la façade du clocher de l’UQAM en écran de projection, c’est sur trois tableaux inspirés entre autres des films Notes sur un Triangle, Blinkity Blank et Balablok que les couches-tard de la nuit blanche pourront interagir. « Les gens se connectent sur la Web App avec leur téléphone intelligent ou leur tablette et accèdent aux périodes d’interactions. Ils vont pouvoir contrôler les images directement projetées sur la façade du clocher en faisant bouger les items à l’aide de leur écran tactile. » explique Antoine Goudreault, finissant et gestionnaire du projet.

Pour mener le bateau baptisée TRAME à bon port, les étudiants de l’Université du Québec à Montréal ont opté pour une technique de travail bien particulière et surtout, bien adaptée à ce type de milieu où les gestionnaires ne sont pas toujours en mesure de comprendre les exigences du travail à exécuter. Un technique qui répond au nom rugby-esque de Scrum.

« Pour faire une image, le scrum est une organisation qui ressemblerait plus à une fleur qu’à une pyramide. Les responsabilités sont réparties de manière horizontales pour permettre une meilleure communication entre les départements et une grande flexibilité vis-à-vis des célèbres Bug de programmations qui peuvent surgir à tout moment. » toujours selon les propos d’Antoine Goudreault.

Si la méthode est aussi efficace que son nom est brutal, le spectacle promet d’en mettre plein la vue pour ceux qui croient encore au mythe des fonds de bouteilles. Sur un clocher 2.0, pour une nuit blanche seulement.

Montréal en lumière: dynamiser l’hiver!

Vous arrive-t-il, comme moi, d’être perplexes devant notre réticence à embrasser collectivement l’hiver, nous, Montréalais?

par Marie-Pierre Bouchard

C’est vrai! Nous sommes plutôt mal adaptés à notre environnement, même s’il y a des exceptions. Je vous l’accorde: sur les pentes de ski ou les sentiers de motoneiges, le Québécois brave le froid avec une rafraîchissante joie de vivre et renoue avec l’enfant intérieur qui ne demande qu’à jouer dehors, beau temps, mauvais temps. Mais en ville? Frileux, chiâleux, moumounes, nous passons beaucoup trop de temps à l’intérieur. À quoi bon se les geler dehors si c’est pour perdre pied sur les trottoirs glacés et subir la monotonie qui s’offre au regard? Alors on fait bouillir l’eau pour le thé en évitant de regarder par la fenêtre. On broie du gris en rêvant de couleurs. On trinque entre amis, dans le confort de la cuisine. On s’offre une p’tite semaine dans le Sud. Puis on soupire en attendant le printemps, p’tite laine sur les épaules, bien calé dans son divan.

Heureusement, les manifestations culturelles hivernales ont aussi le pouvoir de réchauffer le coeur des Montréalais avides de rassemblements festifs. D’ailleurs, il y en a de plus en plus ces dernières années. Tranquille, l’hiver à Montréal? Faux! La ville continue de vibrer et au rythme d’événements rassembleurs, inspirants et énergisants. MONTRÉAL EN LUMIÈRE est sans doute l’exemple le plus éloquent! Depuis sa fondation en 2000, le festival s’est solidement implanté et fait désormais partie des incontournables du calendrier culturel montréalais. C’est l’un des plus grands festivals d’hiver au monde, une folie qui rassemble annuellement 900 000 festivaliers. Voir et déguster l’hiver urbain devient possible lorsqu’on se laisse happer par ce tourbillon des sens: onze jours de musique et arts de la scène, gastronomie, activités familiales extérieures, installations lumineuses architecturales et, pour culminer en beauté, le foisonnant circuit éclectique de la Nuit Blanche!

Cette 13e édition de Montréal en lumière propose de grosses pointures d’ici et d’ailleurs sous les projecteurs, allant de l’OSM à Diane Tell, d’Arthur H à Jorane et l’Orchestre I Musici de Montréal. D’autres noms? Coeur de Pirate, My Little Cheap Dictaphone, Été 67, l’Orchestre Métropolitain, les Barr Brothers, Bïa, Stromae, Catherine Major… En tout, près d’une cinquantaine d’artistes et formations font partie du calendrier, incluant théâtre, classique, danse, jazz, musique du monde et plus encore (consultez la programmation complète pour tous les détails). La soirée de clôture promet d’être grandiose puisque Luc de Larochellière et une dizaine d’artistes rendront hommage à nul autre que Jacques Brel à la Maison Symphonique.

Unique au monde, le volet gastronomique de MONTRÉAL EN LUMIÈRE comblera les gourmands et les gourmets: chefs de renommées internationales, producteurs vinicoles, ateliers, tours culinaires, et j’en passe (tous les détails sont ici).

Sur les sites extérieurs du Quartier des spectacles, les fascinantes illuminations architecturales se poursuivent jusqu’à la fin du Festival; si vous n’avez pas encore eu l’occasion de les admirer, voilà donc votre chance ultime!

Bref, y a en a là pour tous les goûts, et cette riche programmation témoigne de la vitalité de Montréal. S’imprégner de l’esprit festif si caractéristique de notre ville: voilà une fantastique opportunité de sortir et de se redynamiser. J’y serai! Et vous?

Nuits d’Afrique Sound System : Le monde 2.0

 La Société des Arts Technologiques sera l’hôte, ce vendredi soir, de l’évènement Nuits d’Afrique Sound System, une initiative directement inscrite dans la veine de l’Africa-mania qui s’installe furtivement depuis quelques années sur les tables tournantes des d.j à travers le monde.

par Félix Larose

Bien loin du soleil de Dakar et d’Abuja, rue Saint-Laurent, Frédéric Korvadec, responsable à la programmation internationale chez les Productions Nuits d’Afrique raconte la genèse de cette série lancée en grande pompe lors de la dernière édition du Festival Nuit d’Afrique.

NUITS D'AFRIQUE SOUND SYSTEM

« Ca faisait quelques années qu’on pensait à créer ce genre d’évènement mais pour lancer un projet comme celui-là, il fallait s’associer et aller chercher une base de public forte. L’an dernier nous avons reçu une proposition du collectif Masala Sono et on a sauté sur l’occasion pour développer un concept adapté à l’esprit de la World 2.0, les Nuits d’Afrique Sound System. »

Faisant suite aux succès encourageants obtenus au Festival lors d’un weekend complètement dédiée à la formule Nuit d’Afrique Sound System, les organisateurs réitèrent l’expérience cet hiver dans l’objectif avoué de créer un rendez-vous de la World Electro solidement implanté dans l’agenda culturel montréalais. La crème sur le latte, c’est que l’entrée sera gratuite pour une rare fois à la SAT.

Entre les mixes du collectif montréalais Malasa Sono qui ouvriront et concluront la soirée, les d.j Chief Boima de New York, ainsi que le congolais Ngâbo se partageront les platines alors que le rappeur haïtien Mr. Ok martèlera ses rimes au micro. Le v.j Jérôme Delapierre assurera quant à lui les effets visuels dans le vaste étendu des possibles qu’offre la salle de la SAT, l’une des mieux fournie à cet égard.

« C’est un lieu dédié à la musique électronique. C’est leur mission première alors ils ont tout l’équipement nécessaire autant au niveau sonore que visuel pour permettre la mise en place d’un environnement immersif. On est vraiment heureux de s’offrir cette salle pour l’évènement et du même coup l’offrir gratuitement au public. »

Du retour en force de l’Afrobeat de Fela Kuti aux derniers instrumentaux de Beyonce Knowles, la mère Afrique n’a pas fini de faire danser et si la musique du monde est souvent associée à la tradition, la génération de l’électronique ne souffre d’aucun complexe par rapport à son passé. Bienvenue dans le World 2.0.

2011, année prolifique pour le Quartier des spectacles

On le sait. On le sait, mais est-ce qu’on se le rappelle assez souvent? Nous sommes extrêmement choyés de vivre à Montréal. Et si on ne le sait pas assez, voici une tonne de nominations et de titres que notre ville s’est méritée en 2011, dont une grande partie est due à la vie culturelle. Et devinez qui se cache bien souvent derrière cette effervescence artistique? Facile : c’est écrit dans le titre ;)

Par Marie-Christine Beaudry

Tout d’abord, allons-y avec les plus prestigieux. Dans le cadre du gala de la Canadian Music Week, le Festival international de jazz de Montréal a été nommé  « Festival de l’année » par la Canadian Music and Broadcast Industry. Festival de l’année dans le pays en entier! Y’a de quoi être fiers.

Crédit photo | Mattera Joly

En novembre 2011, le Quartier des spectacles a remporté un prix international prestigieux en tourisme : l’un des quatre prix Phoenix 2011 de la Society of American Travel Writers. Pour quelles raisons, vous demandez? « Pour la qualité du travail effectué dans le but  de renforcer l’identité du quartier du centre-ville comme plaque tournante culturelle. »

En matière d’ambiance et de festivités, Montréal ne laisse pas sa place. À preuve : le prestigieux hebdomadaire britannique The Economist la place parmi les 20 villes mondiales où il est le plus agréable de vivre; Lonely Planet la positionne troisième au palmarès des meilleures villes d’été et l’inclut parmi son top des villes les plus party au monde; Montréal se hisse au 18e rang du classement de Trid Advisor pour les meilleures destinations d’histoire et de culture au monde; et, finalement, le Reader’s Digest la place parmi les 20 villes les plus festives au monde du temps des Fêtes.

Gageons que le Quartier des spectacles n’est pas totalement inconnu à ces succès…

Et saviez-vous que nous vivons dans la ville où l’on retrouve la plus grande concentration d’établissements reliés à l’industrie de la musique au Canada et dans la troisième en Amérique du Nord? Montréal : capitale musicale.

Crédit photo | Mattera Joly

Le Quartier des spectacles vu par les médias d’ici

Dans leur bilan annuel, les médias montréalais (La Presse, Le Devoir, Le Journal de Montréal, The Gazette et Châtelaine)  ont mentionné le Quartier des spectacles à de nombreuses reprises. Plusieurs spectacles qui y ont été présentés ont littéralement marqué la scène culturelle 2011.

Parmi les événements les plus mémorables : le spectacle d’Arcade Fire sur la place des Festivals, l’inauguration de la Maison symphonique et les concerts qui y ont été donnés, la Triennale québécoise d’art contemporain, Montréal complètement cirque, le 60e anniversaire du TNM et les spectacles qui ont marqué sa programmation (notamment Ha ha!) et les classiques indémodables que sont le Festival international de jazz de Montréal, le Festival Juste pour rire et les Francofolies.

Sur une note environnementale, mentionnons le travail de la Maison du développement durable qui s’inscrit également parmi les nombreuses installations du Quartier des spectacles.

À la lecture de ce texte, il se pourrait que vous ayez envie de sortir ou que vous ayez hâte que la belle saison revienne avec tous ses festivals et ses spectacles extérieurs …. Vivement Montréal!

Montréal s’affiche

En 1980 à Montréal, l’affichage publicitaire sauvage était prohibé. En 2012, près de 750 affiches seront exposées tout au long de l’année dans 15 lieux de la métropole, en plus de l’édition d’un livre pour souligner les 25 ans et demi de la boîte Publicité Sauvage et célébrer le médium, témoin silencieux du développement de la vie urbaine.

Par Félix Larose

Des Foufounes électriques à l’École de design de l’UQAM en passant par la Place des Arts et le Monument-National, les œuvres publicitaires suivront un parcours similaire à celui du fondateur de Publicité Sauvage, Baudoin Wart.

« Au départ, c’était une petite compagnie avec une activité illégale. Il se faisait courir après par la police même si tous les grands organismes culturels faisaient appel à ses services. » me raconte Marc H. Choko, commissaire de l’exposition.

Chantier de construction du Musée d'art contemporain en 1990

Crédit photo | Luc Dussault

Fanatique d’affiche et professeur titulaire à l’École de design de l’UQAM, Choko n’a pas eu à se faire prier deux fois pour accepter le rôle de commissaire à cette exposition monstre. «Au début, l’idée était d’en faire une par mois. Nous avons démarché avec certains lieux et ils ont presque tous dit oui alors on s’est retrouvé avec le beau problème de devoir monter 15 expositions».

En plus de retracer un quart de siècle d’histoire publicitaire montréalaise en dépouillant une collection de plus de 40 000 affiches, l’exposition offre 16 créations originales pour la postérité. Onze artistes établis du milieu et cinq jeunes de la relève se sont ainsi partagé le mandat d’illustrer les quinze expositions en plus de l’affiche principale.

Exemples d'affiches spécialement créées pour illustrer certaines expositions

Crédits | Charlotte Demers-Labrecque, Mario Mercier et Élizabeth Laferrière

Pour le choix des oeuvres, Choko et son équipe se sont laissé influencer par les lieux de l’exposition. Ainsi, à la Cinémathèque québécoise seront présentées les affiches ayant trait au cinéma, à la Tohu celles de cirque et à l’Écomusée du Fier Monde les affiches à caractère social et engagé. Toutefois, d’autres expositions présenteront un corpus plus ouvert comme celles du complexe Desjardins et à l’École de design de l’UQAM.

« On a choisi des bonnes affiches, mais ce ne sont pas toutes de bonnes affiches. Il y a aussi des mauvaises affiches qui sont présentées parce qu’elles ont joué un rôle important pour l’histoire de Montréal ou pour certains lieux et personnages qui ont fait l’histoire. »

À l’heure de gloire du street art et des installations interactives urbaines, l’affiche se transforme et s’institutionnalise. Longtemps placardée aux détours des palissades de nos immeubles en construction, elle illustre aujourd’hui le déplacement des pôles artistiques. Théophile Gautier ou Andy Warhol? À vous de juger.

À noter : les expositions sont majoritairement gratuites. La programmation complète est disponible ici.

Ceci n’est pas une photo de tournage

Je vous ai vu passer, sur la place Pasteur de l’UQÀM, sur la rue Saint-Denis, entre Sainte-Catherine et Maisonneuve, juste devant le clocher. Je vous ai vu passer et regarder, distraitement, l’exposition photo qu’on y trouve jusqu’au 13 mars, Plan Large 2. Et je vous ai senti penser : « Tiens! Des photos de tournage de films québécois. » Et c’est là que j’avais envie de vous dire que c’était tellement plus que ça, Plan Large 2.

Par Marie-Christine Beaudry

Ceux qui sont familiers avec les Rendez-vous du cinéma québécois (RVCQ) savent que la première édition, Plan Large, fut un réel succès l’an dernier.

Crédit photo | Mattera Joly

L’idée de l’exposition est simple et belle : donner un droit de regard à des photographes professionnels sur les productions cinématographiques d’ici. Non, ce ne sont pas des photos de tournage. Les clichés ne représentent pas un moment du film, quel qu’il soit, mais plutôt la vision de l’œuvre par un photographe.

Pour réaliser l’image parfaite, les photographes ont convoqué les acteurs, réalisateurs ou scénaristes du film qui était leur sujet et ont imaginé une mise en scène.

C’est ce qu’a fait Maude Chauvin, notamment, dans sa photo du film Starbuck. On y voit le réalisateur, Ken Scott, en plein centre, entouré des acteurs qui incarnaient quelques enfants du personnage de Patrick Huard. L’effet est vraiment réussi.

Le film Starbuck vu par Maude Chauvin

Une autre image, celle du photographe Jocelyn Michel, est à couper le souffle. Le sujet de son projet était le film Café de Flore, et on y voit au centre Kevin Parent et Évelyne Brochu enlacés et complètement nus, avec, en arrière-plan, Hélène Florent, actrice, et Jean-Marc Vallée, producteur. Cette seule image traduit l’essence du film et on sent quelque chose de très fort qui s’en dégage. C’est la vision de Jocelyn Michel de l’œuvre cinématographique.

L’art dans l’art

Plan Large 2 célèbre donc l’art visuel en unissant le cinéma et la photo dans une exposition qui fait littéralement tourner les têtes. Le résultat est accrocheur.

Au menu : douze films québécois, parmi lesquels; Gerry, Nuit #1, Monsieur Lazhar, Pour l’amour de Dieu et Marécages. Six photographes jeunes talentueux : Dominique Lafond, Maxyme G. Delisle, Guillaume Simoneau, Maude Chauvin, Jocelyn Michel et Olivier Blouin.

Bonne nouvelle; la première édition de Plan Large (mettant en vedette les films québécois qui ont marqué l’année 2010) sera de retour du 18 janvier au 19 février 2012 à la Salle d’exposition de l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme de la Place des Arts.

Donc que vous soyez fan du cinéma ou de la photographie ou que vous ayez juste un peu de temps à consacrer à l’art québécois, vraiment, cette exposition vaut le détour.

Notez : le concours Plan Large 2 pourrait vous permettre de gagner des prix fort intéressants (dont un appareil photo Nikon et des billets pour les RVCQ) simplement en visitant les commerces du pôle Quartier Latin du Quartier des spectacles!

Aussi : voyez les making of des photos de Plan Large 2 sur la page Facebook des Rendez-vous du cinéma québécois!

Sous le Nuage

C’est au nord de l’autoroute métropolitaine que j’avais rendez-vous avec Jean Beaudoin, co-concepteur de l’installation Nuage de givre qui couvrira de son ombre lumineuse la place des Festivals jusqu’au 2 février.

Par Félix Larose

Entre les boutiques de mode Sri Lankaise et les fruiteries de sous-sol qui caractérisent le quartier Chabanel, , le double bachelier en ingénierie et architecture m’attendait au café Bienville. Havre de design dans le tourbillon incohérent de l’urbanisme industrialo-marchand du coin, ce café, comme le virage urbain du quartier Chabanel, est un projet auquel Jean Beaudoin a mis l’épaule à la roue.

Si l’UNESCO a attribué à Montréal le statut de Ville Internationale de Design, les efforts de Jean Beaudoin y sont sans doute pour quelque chose. En 2009, Beaudoin rencontre Érick Villeneuve lors de l’élaboration du Champ de pixels, la première installation lumineuse hivernale à avoir occupée la place des Festivals.

L'installation Champ de pixels à la place des Festivals en 2009

Crédit photo | Martine Doyon

« Avec le Champ, on a travaillé l’idée de l’empreinte au sol. C’était très basique, 400 capteurs de mouvements qui allumaient les blocs aux passages. »

Après avoir transféré le bastringue lumineux du Champ de pixels sur la place Émilie-Gamelin l’année dernière, les deux hommes ont voulu pousser le concept plus loin en décalant l’idée de base d’une empreinte laissée sur la neige du sol vers le ciel. Comme tant de promeneurs auréolés, les curieux activent donc à leurs passages la partie des 5 500 éléments lumineux suspendus au-dessus de leur tête.

Nuage de givre présentement à la place des Festivals

Crédit photo | Martine Doyon

« L’expérience est différente en orientant les regards vers le haut. On a voulu attirer l’attention vers la ville et permettre de voir les nombreuses évolutions qui ont eu lieu dans le Quartier des spectacles. La notion de l’empreinte est moins concrète que le Champ de pixels mais le déploiement est plus impressionnant. »

Pour faire briller les 5 500 éléments lumineux du nuage, les deux concepteurs ont testé plusieurs matériaux, certains trop lourds, d’autres trop couteux et c’est finalement d’eau que se compose le Nuage de givre. « On a trouvé une compagnie, Cryopak qui fait des Ice Pack médicaux et alimentaires avec une solution d’eau saline, on en a acheté 100 000 unités. »

Nuage de givre présentement à la place des Festivals

Crédit photo | Martine Doyon

Derrière son café et sa feuille barbouillée de notes et de croquis, Jean Beaudoin parle déjà des Nuage 2.0 et même 3.0 qui couvriront peut-être dans les prochaines années la Grand-Place de Bruxelle ou encore la ville Xi’an en Chine. Comme un sage, monte dans les nuages, comme un fou, amène ton nuage partout.

La rue en photos

Connaissez-vous le MAP? Il s’agit du Mouvement Art Public. Cet organisme à but non lucratif a pour but de promouvoir la culture par les mêmes moyens de masse que la publicité. En d’autres mots, le MAP intègre l’art à des espaces publics, à la vie quotidienne des citadins.

Vous voulez un exemple? L’exposition qui a lieu présentement à la place Émilie-Gamelin du Quartier des spectacles, c’est exactement ça, l’essence du MAP.

Par Marie-Christine Beaudry

Longeant la rue Sainte-Catherine, entre les rues Berri et Saint-Hubert, une série de panneaux noirs de grand format ont été mis sur pied pour présenter une exposition photo regroupant deux artistes : Pierre Manning et Jean-François Lemire.

Exposition du MAP, août 2011

Crédit photo | Frédérique Ménard-Aubin

Le premier propose une série de photos intitulée Saltare in Banco. Sur les clichés, on voit des mannequins habillés et maquillés comme des amuseurs de rue. Visages tristes, regards profonds, maquillage exagéré et très coloré, les mannequins semblent être assez jeunes et la beauté des images est saisissante. D’ailleurs, Pierre Manning est reconnu pour la simplicité esthétique de son travail.

Le second photographe, Jean-François Lemire, offre quant à lui quelques clichés de Tent City, un îlot de tentes situé entre deux autoroutes à l’ouest de Detroit, aux États-Unis. Il s’agit d’un rassemblement de personnes sans abri, allant des travailleurs qui n’ont plus les moyens de se payer un logement aux assistés sociaux. Les photos présentent le visage de certains habitants de Tent City dans une simplicité, encore là, saisissante.

Pur hasard avec le mouvement des Indignés

Le vice-président et cofondateur du MAP, Claude Marrié, nous confirme que la venue de cette exposition à la place Émilie-Gamelin n’a rien à voir avec le mouvement Occupons Montréal. Le projet de l’exposition avait été mis sur table depuis longtemps, il s’agit d’un pur hasard qu’elle ait été lancée juste au moment où les tentes au Square Victoria à Montréal étaient démontées.

Quoi qu’il en soit, les images de Tent City appuient d’elles-mêmes le message social mondial actuellement véhiculé par le mouvement Occupons. Il s’agit d’un heureux hasard.

Le but fondamental de cette exposition du MAP est de faire la lumière sur les artisans de la rue, qu’ils soient là par choix ou non. Ils souhaitent montrer les deux côtés de la médaille : d’une part, les amuseurs publics qui vivent de leur art dans la rue alors que de l’autre, on voit les gens qui n’y sont pas par choix, on voit la vraie vie.

Cet hiver, prenez donc une bonne marche hivernale pour aller voir ces images magnifiques juste à côté de l’installation Éclats de verre et vivez par le fait même l’expérience du MAP : de l’art gratuit accessible à tous.

Elles étaient cinq

Et je ne parle pas ici du film de Ghyslaine Côté, mais bien de l’équipe de création à la source du projet Forêt Forêt qui transforme l’espace de la place du métro St-Laurent en forêt de bouleaux ludiques et interactifs jusqu’en février 2012. Après avoir parcouru la moitié de la ville dans un remake cycliste de Singing in the Rain, j’ai retrouvé Jessica Charbonneau de TagTeam Studio dans le confort de son loft de la rue Iberville.

Par Félix Larose

« C’était supposé être dans la neige! » me lance Jessica avec le ton d’une metteure en scène qui n’obtient pas ce qu’elle veut. Après des mois de préparation, on allait enfin couper le ruban rouge sur et livrer l’installation à la population montréalaise.

« Au Québec, on a vraiment un rapport direct avec la nature. On a voulu ramener l’aspect magique d’une forêt enneigée pour faire une opposition à la slush brune de l’hiver urbain. »

Le concept est simple. Dans une dense forêt de bouleaux d’acier, trois arbres équipés de micros activent, au son de la voix, certaines parties de l’animation lumineuse et sonore de l’espace. Lorsque les trois micros sont activés simultanément, c’est toute la forêt qui s’anime d’un coup.

Forêt Forêt aux abords du métro St-Laurent

Crédit photo | Martine Doyon

« Quand il y a des feux de forêt, les bouleaux sont les premiers arbres à peupler le terrain. Comme c’est un terrain vacant où il ne se passe jamais rien, c’était conceptuellement pertinent d’utiliser cette espèce d’arbre. »

L’espace transitoire aux abords du métro St-Laurent est si souvent laissé à elle-même que ce sont les cinq créatrices qui sont la véritable espèce pionnière. Sur les cinq têtes de l’équipe, quatre sortent tout juste du programme d’étude supérieure et spécialisée (DESS) en design d’évènement de l’UQAM. C’est d’ailleurs la directrice du programme qui a incité ses anciennes étudiantes à soumettre un projet.

« Il fallait présenter un projet clé en main au concours organisé par le Quartier des spectacles. C’est une chose de le faire sur papier, mais c’en est une autre de le réaliser de A à Z. On tenait à avoir une densité intéressante alors il a fallu s’arranger pour y arriver en fonction du budget. Mais tout s’est super bien passé autant entre nous qu’avec le producteur et l’équipe. Au final, on a énormément appris. »

Lorsque la neige envahira la ville et que le froid nous gèlera le bout du nez, il y aura un espace de plus pour retrouver nos racines, quelque part entre les gratte-ciel de Montréal.

De la couleur et de la chaleur à la place Émilie-Gamelin

Alors que les chaumières québécoises éclairent les longues nuits d’hiver de leurs traditionnelles ampoules multicolores, le Quartier des spectacles de Montréal donne une autre dimension aux fameuses lumières de Noël. Dans cette série d’articles, j’ai rencontré les concepteurs des projets entre autres déployés sur la place Émilie-Gamelin et aux abords du métro St-Laurent.

Par Félix Larose

C’était la veille de l’inauguration, place Émilie-Gamelin en plein cœur du mois de décembre. Pas un flocon à l’horizon, mais Félix Dagenais avait tout de même les doigts enfournés dans ses énormes mitaines. Avec Louis-Xavier Gagnon-Lebrun et Éric Gautron, l’équipe d’Éclats de verre en était aux derniers ajustements.

Éclats de verre à la place Émilie-Gamelin

Crédit photo | Martine Doyon

« Ce qui est bien du concours du Quartier des spectacles, c’est que les soumissions sont anonymes, les projets sont donc jugés sur la qualité plutôt que sur un nom ou une réputation. Ça nous a permis de créer une installation comme celle-là même si c’est notre première vraie expérience. »

Pour un premier effort, l’installation labyrinthique ne souffre d’aucun complexe. Projections interactives sur la façade de l’Hôtel des Gouverneurs, panneaux colorés par dizaines, éclairages et effets sonores en prime, l’œuvre occupera pleinement le lieu et ses passants jusqu’à la fin du mois de février.

À l’ombre de la Bibliothèque Nationale, la place Émilie-Gamelin est l’un des points chauds du Quartier Latin de Montréal. La drogue et l’itinérance font partie intégrale du décor rébarbatif de cette sortie du métro Berri. Des trois lieux proposés aux participants, ce n’était certainement pas le premier choix de tous. Mais pour Atomic 3, c’était une chance en or.

« Quand on a choisi la place Émilie-Gamelin, c’était pour le défi. Notre première décision a été de mettre de la couleur et de la chaleur dans cet espace qui devient gris et morne en hiver. On a aussi voulu faire quelque chose qui fonctionnait autant le jour que la nuit pour éviter de perdre la moitié du temps d’action. »

Dans la lignée des Jean-Paul Mousseau et Marcel Ferron du renouveau artistique québécois des années 60, l’équipe d’Éclats de verre a voulu travailler le vitrail comme un clin d’oeil à l’héritage historique et culturel de la belle province.   « Il y avait l’idée de l’animé, de la chaleur, de la lumière, mais il y avait aussi l’idée de s’intégrer dans l’espace. Et cet espace-là, c’est Melvin Charney. »

Éclats de verre ainsi que l'oeuvre de Melvin Charney en arrière-plan

Crédit photo | Martine Doyon

Si comme moi vous n’aviez jamais remarqué les trois sculptures trônantes sur la colline de la place Émilie-Gamelin, vous n’avez peut-être jamais entendu parler de l’architecte, urbaniste et sculpteur montréalais Melvin Charney qui s’est démarqué à l’époque du maire Drapeau en remettant en question la relation du citoyen à son environnement. Pour lui rendre hommage, la façade de l’immeuble de l’hôtel des Gouverneurs se transformera en immense surface de projection sur laquelle s’animeront des séquences vidéo activées par les passants.

Dans leur occupation des lieux, les trois hommes de théâtre, qui se sont rencontrés chez Ex Machina, la compagnie de Robert Lepage, ont conçu un décor fantastique sur une scène pleine de clous. C’est maintenant aux citoyens de tenir le rôle principal.